Washington et Pékin ont mis leurs différends de côté pour coordonner des raids sur neuf fermes à arnaques à Dubaï. 276 personnes arrêtées, quatre mises en examen. La fraude crypto industrielle n'épargne plus personne, France comprise.

Dubaï, Émirats Arabes Unis © Shutterstock
Dubaï, Émirats Arabes Unis © Shutterstock

Les États-Unis et la Chine coopèrent rarement, encore moins sur un terrain aussi sensible que la cybercriminalité. Le département de la Justice américain vient pourtant d'annoncer une opération conjointe avec les autorités chinoises et émiraties ayant mené au démantèlement de neuf centres d'arnaque crypto à Dubaï. Le bilan, rapporté par The Record, est lourd : 276 arrestations et quatre mises en examen fédérales pour fraude et blanchiment d'argent.

Neuf fermes à arnaques, un modèle industriel

L'opération a débuté fin 2025, après de « nombreuses » plaintes déposées auprès du FBI par des victimes américaines. En croisant des données fournies par Meta avec des relevés financiers et des registres crypto, les agents fédéraux ont remonté la piste jusqu'à Dubaï. Quatre personnes ont été inculpées : le Birman Thet Min Nyi, 27 ans, présenté comme recruteur d'une société-écran baptisée Ko Thet Company, et trois ressortissants indonésiens liés aux organisations Sanduo Group et Giant Company.

Les trois structures servaient de façade à des opérations de « pig butchering ». Cette arnaque à long terme combine manipulation sentimentale et fraude à l'investissement crypto. Le principe est celui d'un élevage (le terme est volontairement cru). Les escrocs « engraissent » la victime en cultivant une relation de confiance sur des semaines, parfois des mois. Puis ils la dirigent vers une fausse plateforme de trading.

L'un des aspects les plus sombres de l'affaire concerne les conditions dans les centres eux-mêmes. Les fermes à arnaques en Asie du Sud-Est sont alimentées par la traite d'êtres humains. De nombreux opérateurs y travaillent sous la contrainte, recrutés via de fausses offres d'emploi. Le département de la Justice n'a pas précisé le statut des 276 personnes arrêtées.

La France, épicentre européen d'une autre violence crypto

La coopération entre Washington et Pékin constitue un précédent rare quand on connait la relation qu'entretiennent les deux superpuissances. Plusieurs responsables américains accusaient encore récemment la Chine d'instrumentaliser les démantèlements pour étendre son influence au Cambodge, au Laos et en Birmanie. Le fait que les deux pays aient coordonné des raids à Dubaï, hors de la sphère d'influence chinoise, modifie la dynamique du dossier.

En parallèle, la France fait face à une dérive d'un autre type. Le pays concentre environ 80 % des enlèvements liés aux cryptomonnaies recensés en Europe. Le PNACO a comptabilisé 135 faits depuis 2023. Sur les seuls premiers mois de 2026, le chiffre atteint déjà 47 (soit un enlèvement tous les 2,5 jours). L'affaire David Balland, cofondateur de Ledger, kidnappé et mutilé en janvier 2025, avait mis en lumière l'ampleur du phénomène. La directive européenne DAC8, entrée en vigueur en janvier 2026, oblige désormais les plateformes crypto à déclarer l'identité et les transactions de leurs clients. Une mesure pensée pour la transparence. Elle centralise aussi des données sensibles dans des bases potentiellement vulnérables.

L'opération de Dubaï prouve que la réponse judiciaire s'internationalise. Reste à savoir si elle peut rattraper une industrie de la fraude qui, elle, n'a jamais eu besoin de passeport.